2021
Vidéo HD, couleur,
stéréo, version
originale anglaise
71 min 47 s
The New Kid, tourné lors d’une résidence proposée à l’artiste en 2019 à Las Vegas, petite ville du Nouveau Mexique, se présente comme une investigation autour du célèbre hors-la-loi du XIXe siècle, Billy The Kid. Un show télévisé mené par Jim Hunyadi amorce ainsi l’enquête avec des témoignages sur le personnage dont l’historicité relève d’un imaginaire mythologique qui permet à chacun d’évoquer l’existence qu’il pourrait avoir aujourd’hui. Le genre filmique composite dérivant de ce synopsis oscille entre documentaire et fiction, et voit se succéder ou s’imbriquer plan fixe télévisuel, travelling, animation dessinée ou numérique, archive filmique ou photographique, témoignage, interview, sondage, jeu vidéo ou interrogatoire musclé. Ce show parodique se caractérise par sa discontinuité, comme si tout embrayage de récit était destiné à être remis en question, contredit ou nié dans la séquence suivante. Cette structure, dont le montage assure la cohérence, est indicielle de la réalisation participative du film ; l’écriture s’improvise et s’impose au fur et à mesure de la résidence d’Arnaud Dezoteux et de ses rencontres avec les personnes qui interprètent leur propre rôle devant la caméra, avec toutefois une ambition satirique commune. Le dispositif autorise alors les changements de registres qui s’inspirent de la fragmentation des programmes télévisuels. À partir d’un mythe ambivalent, l’authenticité se construit ou se déconstruit, tout comme vérité et contrevérité s’invitent à l’ère des fake news et des « faits alternatifs ». Myriam Poiatti
What’s an outlow to do today?
Vision in New Mexico
– a poem by Edward Alexander
Coming down from
the Sangre de Christo,
following the Pecos,
you come to a great divide,
and from there,
you can see all the way.
Maybe even all the way to Mexico.
Stop and listen into the wind.
There’s a ghost of a chance,
you will hear the dust
of Billy Bonney.
(No one who knew him,
ever called him `The Kid`.)
Now just a vision,
as thin as the wind itself.
See him there,
up-on that little rise.
A figure,
leaning against his pony.
Forever looking out
across this great distance.
Texte d’Éric Loret, in AOC « Connaissance par les monstres – à propos du travail d’Arnaud Dezoteux » :
Acquérir de nouveaux pouvoirs, fomenter une nouvelle réalité est le principe de The New Kid. Cela se passe à Las Vegas, mais pas celle qu’on connaît, une autre, au Nouveau-Mexique, 13 000 habitants. Un homme âgé au visage poupin présente une étrange émission télé, intitulée The Great Billy The Kid’s Reenactment Show. Celle-ci mêle dessins animés délirants, micro-trottoirs, fausses pubs et interventions directes de l’animateur dans la réalisation des séquences montrées durant le show. Ce présentateur, Jim Hunyadi — le nom de l’acteur est celui du rôle —, porte un t-shirt marqué « Castaneda ». On subodore un rapport avec l’écrivain au peyotl : mais non, il s’agit d’un hôtel historique de Las Vegas — avec un tilde sur le n. Pas grave, on a en échange une interview avec Tessa Dick, la veuve de Philip K., qui propose une idée avenante : et si l’on pouvait changer le passé de la même façon qu’on réécrit une notice Wikipédia ? Ce sera le principe du show : le « reenactement » appliqué au personnage de Billy the Kid. Si le terme « reenactement » désigne au départ des reconstitutions d’événements historiques en costumes, les études culturelles et l’art contemporain l’ont repris en mettant l’accent sur la capacité de ces reconstitutions à ne pas être seulement un embaumement mais une naissance nouvelle, une performance active et créatrice. L’anachronisme y joue à plein pour une remise en historicité express des « mentalités » et des « faits » communément admis·es par l’Histoire dominante. Le programme de l’école des Annales en version jeu de rôles, si l’on veut. Et l’exemple le plus connu dans le domaine du cinéma serait La Commune (Paris 1871) de Peter Watkins (2000).
On l’aura donc compris : le dispositif de The New Kid ne nous apprendra rien sur Billy mais uniquement sur la façon dont les habitants de Las-Vegas-en-mineur se le représentent et surtout sur le rapport de l’humain à la fabrique des récits de vie, la leur comprise. À ce titre, un des plus beaux moments est quand Jim Hunyadi, lisant consciencieusement et visiblement le texte anglais qu’Arnaud Dezoteux lui a imprimé, mais l’œil toujours humide d’émotion, se met à ânonner le Dormeur du Val de Rimbaud en français. Rayon rire, on ne va pas tout détailler, mais les discussions — et actions — sur le port des armes ou la révélation de qui incarnerait le mieux aujourd’hui le Kid valent leur pesant d’ironie. S’il est construit comme une enquête, le film s’amuse à traverser différents genres cinématographiques — soutenu dans cet effort par une B.O. transformiste de Benjamin Efrati — sans oublier les travers du TV Show : annonces omniprésentes nous invitant à téléphoner pour donner notre avis démocratique sur des questions telles que « Billy the Kid mérite-t-il d’être pardonné ? ». Quant au mouvement d’ensemble, c’est celui de la vie même, en quelque sorte, à savoir l’entropie : plus ça s’organise et plus ça fout le camp dans tous les sens. Ce qui est raccord avec la fin du film : la figure de Billy the Kid y est renvoyée à l’anonymat, la dissémination, voire la disparition. On retrouve dans The New Kid certains motifs récurrents de l’œuvre d’Arnaud Dezoteux. L’enfant sauveur, par exemple, parce que capable d’imprimer une sorte de sérieux productif dans le jeu — quand l’adulte est toujours pris dans le doute ou le tragique. Ici ce serait le stagiaire intempestif qui invente pour Jim Hunyadi des incarnations improbables du Kid.
RIZ VIRK
Pour en revenir à cette histoire que vous mentionnez dans votre livre autour de Billy the Kid et du site web, et comment tout diffère. Pourriez-vous nous en parler ?
TESSA DICK
Oui, j’ai fait des recherches parce qu’il y a un site géré par ses descendants. J’en ai d’abord entendu parler sur Art Bell. L’un des correspondants disait que dans son cours d’histoire, ses livres indiquaient que Billy the Kid avait été tué par balle en tentant de s’évader de prison. Pourtant, il se souvenait que Billy avait reçu une balle dans le dos alors qu’il était sur la route. Le même gars l’aurait tué à deux reprises. J’oublie tout le temps son nom…
RIZ VIRK
Pat Garrett, non ?
TESSA DICK
C’est ça. J’ai regardé sur le site qui disait qu’il avait été tué lors d’une évasion de prison. Quelques années plus tard, j’en ai parlé à mon frère, et il m’a dit : « Non ! C’est sur la route que Pat Garrett lui a tiré dans le dos. » J’ai revérifié sur le site. Et cette fois-ci, il disait que Billy the Kid avait été tué chez un ami par Pat Garrett, et qu’il était chez cet ami parce qu’il se cachait. Ce n’est pas comme ça que le Kid est mort. Ça, c’est Jesse James ! Mais on dit que le Kid est mort comme ça.
RIZ VIRK
Qu’est-ce que vous en déduisez ?
TESSA DICK
Soit quelqu’un change l’histoire réelle, soit l’histoire telle qu’elle a été écrite.
RIZ VIRK
Comme Phil, vous croyez que nous vivons dans une illusion de la réalité et que les gens peuvent changer le passé ou revenir en arrière ? Que pensez-vous de ça ?
TESSA DICK
Je pense que le temps n’est pas ce que nous croyons.
RIZ VIRK
Ok, et donc, ça pourrait dire que…
TESSA DICK
Soit qu’une personne change les livres, soit qu’elle modifie réellement l’Histoire. Qui sait ? Peu m’importe où, quand et comment il a été tué, il était toujours mort.
Back to the show!
JIM
Un pays disloqué, des communautés divisées, des familles déchirées. Billy the Kid n’a jamais cessé de brouiller la société américaine. Nous partons à la rencontre d’un couple,
divisé sur cette grande question : Billy the Kid était-il un gentil ou un méchant ? Nous parlons avec Tim et Ellen.
TIM
Salut ! Je suis Tim Hagaman et je pense que Billy the Kid était un bon gars. Voici ma femme.
ELLEN
Je suis Ellen Hagaman et je pense que Billy était mauvais !
TIM
Billy the Kid était un leader. Et pour un gamin, c’était un sacré tireur d’élite.
ELLEN
C’était un criminel, un voleur, un meurtrier, et on ne devrait pas glorifier ses crimes.
TIM
J’aime le Kid parce qu’il cavalait sur son étalon gris. 1m80, 63 kg, de beaux yeux bleus.Il avait le feu avec son révolver au côté droit. Il adorait danser et faire rire les gens.
ELLEN
C’était un jeune homme poli, mais dès ses premières années, il mentait. Il mentait à propos de son nom, de son origine. Après cela, il est devenu un très bon escroc. Très persuasif. Il mentait pour n’importe quoi et ça l’arrangeait bien, ça le rendait même populaire. Il préférait voler et mentir, plutôt que de travailler, et en plus les gens l’aimaient bien !
TIM
T’attendrais quoi d’autre d’un Irlandais ? Il essayait juste de survivre. Et quand il se faisait coincer, il devait aider ses compagnons. Billy est devenu célèbre en s’échappant de la prison de Lincoln et en tuant deux U.S Marshals. C’est un survivant.
« J’aimerais qu’il soit pardonné oui, parce qu’il était une victime de son époque, et c’est intéressant de voir qu’il est une clé pour comprendre la vie au Nouveau-Mexique dans les années 1870. Le pardon était censé être donné par le gouverneur Lew Wallace, j’imagine que vous savez qui était le gouverneur Wallace. Je crois que lorsque le gouverneur Wallace s’est retrouvé dans cette situation, il appréciait beaucoup Billy the Kid. Et je crois qu’il savait que Billy était victime des circonstances. Donc, je crois qu’il était prêt à tout pour aider le Kid, mais qu’il devait aussi négocier avec le Santa Fe Ring, et ses hommes de l’ombre comme Thomas Catron. Si vous allez au cimetière de Santa Fe, vous verrez son énorme mausolée. Cet homme avait beaucoup d’argent et beaucoup de pouvoir. En gros, M. Catron régnait dans l’ombre, et tous les autres types étaient ses pions. Le gouverneur Wallace l’avait compris, et il dit à Billy : « Je veux te donner le pardon. » Mais il ne savait pas qu’il ne pouvait ni contrôler le juge Bristol, ni le procureur, car ils travaillaient tous pour M. Catron. Si vous allez à Cerrillos, et c’est d’ailleurs là que Young Guns a été tourné, vous verrez que le gouverneur Wallace avait séjourné à l’hôtel, et y avait écrit le livre Ben-Hur. Vous avez probablement vu le film Ben-Hur et lu le livre, il s’agit avant tout de donner le pardon, de gracier les personnages. Et je crois que c’est ce qui prouve comment les événements de Lincoln l’avaient inspiré pour écrire le livre et les personnages de Ben-Hur. C’est même l’enjeu principal du personnage de M. Hur : il passe son temps à donner le pardon, et je crois que ça reflète ce qu’il vivait lorsqu’il essayait de sauver Billy the Kid. »
Algorithm Kid Sequence
« Pour notre prochaine séquence,nous suivons l’homme mystérieux quand il essaie de se procurer des explosifs C-4 auprès de la seule et unique Angel Cottonwood. Ancienne militaire, un peu folle, elle sait fabriquer ce type d’explosifs. On en aura besoin avec Jim, pour refaire la séquence d’évasion du Kid. Ne ratez pas ça, et restez à l’écoute. »
« Grâce à vous, nous avons vraiment avancé : ensemble, nous avons imaginé ce que Billy the Kid pourrait être s’il vivait à notre époque, et les hypothèses ne manquent pas. Il reste pourtant une question essentielle à résoudre : comment Billy parviendrait-il aujourd’hui à s’évader d’une prison de haute sécurité ?
Rappelons qu’en 1881, Billy the Kid avait réussi à faire une évasion spectaculaire de la prison du comté de Lincoln. Menotté, il parvint à s’emparer d’une arme, tuer l’adjoint James Bell, puis s’en prendre à Bob Ollinger dans une scène restée célèbre. Mais les temps ont changé. Les prisons modernes sont entourées de clôtures, surveillées par des caméras et gardées par un personnel hautement qualifié. Cela suffirait-il à garder Billy derrière les barreaux ? C’est précisément la question que nous vous posons.
Cette fois, il ne s’agit plus simplement d’appeler un numéro de téléphone. Nous avons besoin de votre participation, ici et maintenant, pour nous aider à faire la lumière sur Billy the Kid et sur la manière dont une telle évasion pourrait être possible aujourd’hui. Certains se diront peut-être qu’ils ne peuvent pas quitter Scarsdale, Los Angeles ou traverser le pays pour venir jusqu’au Nouveau-Mexique. Alors nous avons décidé de changer les règles du jeu. Nous allons transformer cette enquête en véritable jeu télévisé. À la clé : un premier prix de 10 000 dollars. Et qu’on soit bien clair : il ne s’agit pas d’un jeu de hasard. C’est un jeu d’adresse, et d’adresse seulement.
Mesdames et Messieurs, nous sommes donc ravis de vous présenter le Great Escape Show, un programme où vous êtes la star, où vous êtes le héros, où c’est vous qui devrez vous évader… avec, peut-être, 10 000 dollars à la clé. »
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Générique
THE NEW KID
Directed by Arnaud Dezoteux
With
(in order of appearance)
Jim Hunyadi
Lisa Cisneros
Kathleen Hendrickson
Carol Robertson
Arielle Hawney
Ali Romero
Ray Jaramillo
Sharon Vander Meer
Patti Romero
Tito Chavez
Lucas Juarros
Andy Kingsbury
Melissa Greene
Teianna Mitchell
Debbie Pike
Princess Fiona
Ian Ertel
Floyd Griego
Maria Armijo
Amber Word
Joshua Word
Damon Packard
James & Mike & Dave & Q
Uriah Davis
William Mora
Edward Alexander
Jamie Garcia
Benny Romero
David Lobdell
Roy Montebon
Tim Hagaman
Ellen Hagaman
Mark Wingert
Becca Sharp
Jake Erickson
Daniel Ulibarri
Jasmine Crespin
Danny Sharp
Doug Cantrell
Sarah Joe Matthews
Bailey Simon
Heru
Jasmine Grizzard
Gustavo Garcia
Julie Timblety
Jacobo Rael
Juan Gonzales
Juan Montano
Xaver Elgin
Janet Allestad
Camera
Arnaud Dezoteux
Charlie Malgat
Editing
Arnaud Dezoteux
with Constance Vargioni
Sound Editor and Re-recording Mixer
Arno Ledoux
Studio Assistant
Médéric Corroyer
Original Soundtrack
Benjamin Efrati
Music Mixer
Cyril Harrison
Additional Music
Suspense Sound Effect A
Fesliyan Studios music
Animation and Visual Effects
Arnaud Dezoteux
Color Grading
Lény Lecointre
Production
Arnaud Dezoteux
with Les Volcans
—
“Le Dormeur du Val”
A poem by Arthur Rimbaud
“Vision from New Mexico”
A poem by Edward Alexander
“Philip K. Dick, the Matrix, Aliens and Alternate History:
My Conversation with Tessa B. Dick”
Article by Rizwan Virk on medium.com
—
This film was made possible thanks to the generous participation
of the inhabitants of the city of Las Vegas, New Mexico
And the support of Mayeur Projects,
The NMHU Media Arts and Technology Department,
The Face Foundation,
La Fondation des Artistes,
Le Fresnoy – studio national des arts contemporains
Special Thanks
Jim Hunyadi, Roy Montebon, Julie Timblety, Heru, Xaver Elgin,
Angela Meron, Myriam Langer, Elias Gonzales, Mary Basler,
Shawna Sandoval, Aaron Sandoval, The Skillet,
Elisabeth Sandoval, Charlie’s Spic and Span,
Borracho’s Craft Booze and Brews, Plaza Antiques,
Tim Combs, Ron Querry, Laura Gonzales, Victoria Mora,
Anastacia Wichman-Grizzard, Anne-Claire Duprat,
Isahia Rodriguez, Aaron Juarros, Elisabeth Juarros,
Christian Mayeur, Anne Poux,
Henri & Anne-Marie Dezoteux, Bertrand Dezoteux,
Naoki Sutter-Shudo, Christophe Herreros, Arash Nassiri,
Antoine Thirion, Corinne Castel, Annick Lemonnier,
Clémence Agnez, Benjamin Fraboulet, Pascaline Morincome,
Benjamin Magot, Grichka Commaret, Thomas James,
Julie Bernou, Pauline Toyer, Céline Vaché-Oliveri,
Celsian Langlois, Blandine Tourneux, Victoire Dubruel,
Charlie Malgat
2021